Après son premier cycle d’accréditation, le laboratoire Laborizon Maine-Anjou abordait, en novembre 2019, la première évaluation du cycle suivant. L’occasion de demander une extension de portée de son accréditation, avec des ajouts en sérologie. Précisions avec le Dr Sophie Lyon, biologiste responsable de la paillasse sérologie et protéines, et le Dr Emmanuelle Mas, biologiste coresponsable du laboratoire et responsable adjointe en sérologie.

« La marque VIDAS® est intégrée depuis longtemps dans le groupement, se remémorent les deux biologistes. Depuis 2012, voire même avant ». Au laboratoire Laborizon Maine-Anjou, l’équipe dispose d’un automate VIDAS® 3 depuis 2016.

« Son côté ‘petit’ nous intéressait. Cet automate nous a permis de faire de l’expertise et de traiter des sérologies en faibles volumes en première intention. Mais c’est aussi une seconde technique pour des résultats douteux ou des tests complémentaires ».

Dr Sophie Lyon, Dr Emmanuelle Mas

Près de 14 paramètres différents et plus de 3600 dosages sont réalisés annuellement

Au quotidien, le laboratoire utilise l’automate VIDAS® 3 en première intention pour la vérification de certains paramètres de biochimie tel que le CA 19-9, et en sérologie pour tous les dosages à faibles volumes d’activité tels que Helicobacter pylori et les IgG oreillons, IgG rougeole, IgG varicelle. Le laboratoire de biologie médicale utilise également l’automate en 2e intention pour confirmer des résultats passés sur la chaîne Siemens Atellica. « Nous contrôlons l’Ag HBs et effectuons l’Ag HBs confirmation, les HIV positifs et les sérologies toxoplasmose IgG et IgM, nous complétons l’exploration des IgG Rubéole avec les Rubéole IgM, si nécessaire», précise la biologiste responsable de la sérologie.

Le laboratoire Maine-Anjou emploie également le VIDAS® 3 pour des tests complémentaires.

« Nous déclenchons l’IgM HBc, et la toxoplasmose avidité, selon des algorithmes décisionnels élaborés à la suite d’une formation bioMérieux sur ‘les Prestations de conseil en sérologie’ »

Dr Lyon

Au total, près de 14 paramètres différents et plus de 3600 dosages sont réalisés annuellement sur cet automate.

La validation initiale a duré un mois et demi

« Lors de sa venue, l’auditeur a choisi de regarder notre dossier portant sur la toxoplasmose avidité. A l’issu de cet audit, tous nos paramètres VIDAS® 3 ont reçu l’accréditation (liste des paramètres et sites concernés sur le site www.cofrac.fr). »

Dr Lyon

Le laboratoire souhaitait accréditer le VIDAS® 3 pour son côté quantitatif, afin de pouvoir réaliser de l’indexation. La validation initiale a duré un mois et demi. Pour ses analyses quantitatives, le laboratoire Maine-Anjou a donc réalisé des tests de répétabilité, de reproductibilité et de justesse. Il a estimé l’exactitude et calculé son incertitude de mesure.

« Et pour tout le reste des items du SH-FORM 43, nous avions des réponses dans la documentation de bioMérieux, dont nous nous sommes servis pour alimenter notre 5M »

Dr Lyon

Elle cite notamment le document ‘Stabilité des produits de transport pour VIDAS®’, ‘Etude d’environnement’ et ‘Connexion VIDAS® 3’. De la documentation « indispensable et largement suffisante » pour répondre aux exigences de l’accréditation, selon la biologiste.

… Vérifier les performances annoncées par bioMérieux

La première étape consistait à vérifier les performances annoncées par le fabricant lors de l’utilisation du couple réactif automate sur site. Bien que le VIDAS® soit fait de tests unitaires, le laboratoire Maine-Anjou a quand même effectué des répétas. Pour ce faire, il a utilisé deux contrôles BioRad : l’un négatif et l’autre faiblement positif. « Nous sommes restés dans les mêmes conditions : unité de temps, de lieu et d’examen, et nous avons passé deux fois les 3 barrettes sur les 4 compartiments ». Parties au départ sur 24 répétas, les deux biologistes avouent que si elles devaient réitérer cette expérience aujourd’hui, elles s’arrêteraient « peut-être à douze, sachant qu’il s’agit de tests unitaires » et qu’elles utiliseraient « un pool de patient avec un cas négatif et un cas positif faible, proche du seuil décisionnel ».

La reproductibilité a, quant à elle, été réalisée « au fil de l’eau » avec les deux contrôles utilisés pour leurs répétas. « Nous avons fait 30 tests de reproductibilité au total ». Pour la justesse ou le biais, les biologistes souhaitaient utiliser au départ le contrôle interne de qualité externalisé de BioRad, mais « nous étions trop peu et nous n’avons pas pu constituer de paires ». Quant à l’exactitude, elle a été réalisée en participant à des programmes d’évaluation externe de la qualité (EEQ). « Nous sommes inscrits chez Probioqual, et chez CTCB pour la toxoplasmose, et nous réalisons quatre EEQ par an et par sérologie, stipule le Dr Sophie Lyon. Au bout d’un an, nous avons pu déterminer notre incertitude de mesure, grâce aux EEQ, et aux CIQ et à la technique du SH GTA 04. C’est d’ailleurs sur ce point que nous avons eu des questions lors de l’évaluation. »

Analyser le paramètre toxoplasmose avidité

« Pour la toxoplasmose avidité, les barrettes sont attachées les unes aux autres, c’est un peu particulier. Nous avons donc réalisé deux fois l’expérience sur les quatre compartiments avec des patients ayant respectivement une avidité intermédiaire à 0,2, une avidité faible inférieure à 0,2 et une avidité forte supérieure à 0,3, et donc obtenu 3 fois 8 résultats », explique la biologiste qui est d’avis qu’« en faire plus n’aurait pas eu d’intérêt ». Elle se pose d’ailleurs la question de la nécessité d’une répéta sur VIDAS®. « On pourrait peut-être ne pas en faire en l’argumentant, mais je n’ai pas osé aller jusque-là dans le dossier de vérification de méthode initial », déclare-t-elle. 

Pour la reproductibilité, le laboratoire disposait de contrôles toxoplasmose depuis 2016. Il disposait d’une avidité intermédiaire et d’une avidité forte sur un pool de patients. « Nous n’avons pas pris d’avidité faible, mais nous l’avons argumenté, indique le Dr Lyon. Ce n’était pas simple à obtenir, il nous fallait 7 mL. Mais comme il s’agit d’un diagnostic d’exclusion, on ne prend pas de risque car on envoie dans ce cas les échantillons au centre de référence, donc il n’y a pas d’impact patient ».

« Il faut vraiment faire une analyse de risques. C’est indispensable, il faut montrer qu’on a réfléchi, qu’on sait quel risque on prend si on n’effectue pas tel process, et si cela a un impact sur le résultat ou sur la prise en charge du patient ».

Dr Lyon

La validation continue du VIDAS® 3 : se permettre de faire évoluer la définition de la série

Pour la validation continue, le laboratoire Maine-Anjou utilise des contrôles BioRad, en plus des contrôles C1 et C2 provenant de BioMérieux, qu’il estime « être des contrôles de recalage de la calibration ». « Pendant un an, nous avons estimé qu’une série durait 7 jours », se rappelle le Dr Lyon. « Nos patients sont tous sérothéqués, donc en cas de problème, il nous était possible de les récupérer, sans qu’il y ait de problème pré-analytique. » Le 2e argument pour le laboratoire était qu’en cas de résultat erroné, la décision thérapeutique, se prendrait rarement en moins de 7 jours, car le laboratoire ne travaillait pas sur des paramètres d’urgence.

« Juste après la calibration, nous passions le contrôle positif et le contrôle négatif. Au bout de 7 jours, nous clôturions notre série par un contrôle positif et le même jour, nous redémarrions une nouvelle série (en passant un positif et un négatif). » Au bout d’un an, le laboratoire s’est aperçu que les contrôles étaient toujours bons, compte-tenus des critères de reproductibilité établis lors de la qualification initiale. Les biologistes ont alors décidé de changer cette notion de série.

« Maintenant, on estime qu’une série est une durée de calibration. Donc 14 ou 28 jours, selon les paramètres. Quand la calibration est faite, nous passons nos contrôles positif et négatif. Et nous repassons le contrôle positif avant de clôturer notre série. Donc nous avons considérablement augmenté la durée de la série ».

Dr Lyon

Le Dr Lyon tient tout de même à préciser la ‘notion de coffret’ : « s’il s’agit du même coffret, et du même lot, reçus lors de la même livraison, il n’y a pas de souci. En revanche, s’il s’agit du même lot, mais pas de la même livraison, alors nous réitérons la calibration et les deux contrôles, comme si c’était un nouveau lot, car nous ne pouvons pas nous affranchir des problèmes de conditions de transport ».

« L’automate VIDAS® 3 nous est indispensable en sérologie. Il fait partie de nos algorithmes décisionnels et possède un rôle d’expertise incontournable. Son accréditation implique du temps et de l’organisation comme pour tout automate, mais s’inscrit parfaitement dans le planning de l’équipe. Il suffit simplement de bien travailler son analyse de risques. » 

Dr Lyon

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